| Pierre LEHMANN accuse
- Pierre LEHMANN klagt an
Rédaction du COURRIER, Rue de la Truite,
Case postale, 1211 Genève 8
COURRIER DU LECTEUR [non publiée]
Faire caca dans l'eau potable - ins Trinkwasser scheissen
La sécheresse qui sévit depuis bientôt trois mois
nous fait peut-être réaliser un peu mieux à quel
point nous sommes dépendants de l’eau. Coincidence ou
non, 2003 a été décrétée année
mondiale de l’eau et l’on voit se multiplier les articles
de presse et les émissions sur les problèmes que pose
un approvisionnement suffisant en eau potable un peu partout dans
le monde. Mais curieusement ni la presse, ni la radio, ni la télévision,
ni les services des eaux, ni même des associations de protection
de la nature comme en particulier l’Association pour la Sauvegarde
du Léman (ASL), ne se risquent à remettre en question
la pratique généralisée, mais néanmoins
idiote, qui consiste à faire caca dans l’eau potable.
Cette pratique exige environ 60 litres d’eau par personne et
par jour ce qui pour la Suisse avec ses 7,2 millions d’habitants
représente une rivière d’un débit de 5’000
litres par seconde.
Les déjections humaines n’ont rien à faire dans
l’eau. On s’en est bien apercu à la fin des années
40 lorsque les rivières et les lacs ont commencé à
se dégrader. Mais la logique de fuite en avant qui caractérise
le système économique et le pouvoir politique a empêché
que l’on s’attaque aux causes du problème. Plutôt
que d’éviter de jeter des substances polluantes dans
l’eau, on a préféré en jeter toujours davantage
pour se donner le plaisir de les en retirer ensuite à grands
frais. Cela a mené à la construction de gigantesques
réseaux d’égouts aboutissant à des stations
d’épuration qui produisent des boues toxiques don’t
personne ne sait au monde quoi faire. C’est que dans les égouts
circulent, en plus des déjections humaines, des substances
néfastes comme des détergents, des solvents, des métaux
lourds, des hormones, des médicaments et un peu tout ce don’t
on veut se débarasser ni vu, ni connu, en le jetant dans les
WC. Ce système, paradoxalement appelé sanitaire avait
l’avantage de contribuer à l’activité économique
et de faire augmenter le produit national brut (PNB), seule mesure
de notre prospérité qui soit reconnue par les économistes
et les autorités. Mais il ne fait que balayer la poussière
sous le tapis. Il a certes donné à nos rivières
et nos lacs un aspect plus presentable, mais il ne résoud rien
à plus long terme. Qui est-ce qui peut croire que nous disposerons
pour toute l’éternité des moyens d’entretenir
et de faire fonctionner le gigantesque système d’épuration
qui a maintenant été mis en place? Sans parler du fait
qu’il est bien incapable de retirer de l’eau tout ce que
nous y jetons, et en particulier les milliers de produits chimiques
qu l’industrie invente chaque année sans que l’on
sache quels en sont les effets long terme sur les écosystèmes.
Tôt ou tard il va falloir passer au compostage direct des déjections
humaines, sans le faire transiter d’abord dans l’eau.
Cela exige de remplacer les WC par des toilettes
à compostage. C’est tout-à-fait possible,
à condition de le vouloir. J’utilise un tel toilette
chez moi depuis 1980. Avec l’aide de l’hebdomadaire “Domaine
Public”, j’avais pu, au début des années
80, susciter un certain intérêt pour cette question.
Le Canton de Vaud et l’Office fédéral de la protection
de l’environnement avaient alors financé quelques modestes
essays dans des appartements et des villas privées. Mais cela
n’a eu aucune suite et les autorités sont empressées
de revenir au tout-à-l’égout. Elles vont même
jusqu’à prétendre que les toilettes de compostage
sont interdit par la loi - ce qui est faux - et à décourager
les personnes qui voudraient concrétiser leur responsabilité
vis-à-vis de la protection des eaux en renonçant faire
caca dans l’eau potable et en installant un tel système
chez elles.
En 1988 un séminaire a été organisé à
l’EPFL sur le thème „Gestion de l’eau et
des matières organiques dans l’habitat”. La brochure
contenant les diverses contributions à ce séminaire,
dont une sur les toilettes à compostage, a été
imprimée en 1000 exemplaires par l’Office fédérale
des imprimés et du materiel et vendue aux intéressés
pour Fr.10.-. Elle est maintenant épuisée, mais l’Office
ne veut pas la réimprimer, bien qu’il y ait certainement
encore des demandes. La protection des eaux à la source n’intéresse
manifestement pas les autorités.
Bref, on constate une politique de l’autruche générale
devant un problème qui deviendra de plus en plus aigu à
mesure que les sources d’eau potable se raréfient et
que la population augmente, tendance qu’il y aurait aussi lieu
de contrer ce que malheureusement aucune autorité ne veut dire.
Par ailleurs, la quantité de détergents et autres produits
de nettoyage destinés à rendre le linge plus blanc que
blanc ou rendre les verres étincelant augmente elle aussi.
Tous ces produits inutiles finissent comme polluants dans l’eau
et contribuent à la détérioration des eaux de
surface et à l’empoisonnement des boues de stations d’épuration.
Quand nous n’aurons plus droit qu’à 20 litres d’eau
potable par personne et par jour, ferons-nous encore caca dedans?
Pierre Lehmann
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( auf deutsch, von nux/KK ):
Ins Trinkwasser scheissen !
Die dreimonatige Trockenheit im Sommer 2003 lässt uns vielleicht
etwas besser verstehen, wie sehr wir vom Wasser abhängen. Zufall
oder nicht, 2003 war zum Jahr des Wassers erklärt worden, und
so sprossen viele Zeitungsberichte und Sendungen über Probleme,
die sich zur Frage stellten, wie auf der Welt die Versorgung mit Trinkwasser
gesichert werden müsste. Merkwürdig war jedoch, dass weder
die Presse noch Radio noch Fernsehen, noch die Wasserversorgungs-Organe
oder gar der Naturschutzverband, namentlich die Association pour la
Sauvegarde du Léman (ASL), wagten, die allgemeine, an sich
idiotische Praxis in Frage zu stellen, die darin besteht, dass wir
unsere Fäkalien ins Trinkwasser abgeben. Diese Praxis erfordert
etwa 60 Liter Wasser pro Person und Tag, was für die Schweiz
mit ihren 7,2 Millionen Einwohnern einen Fluss der Stärke 5000
Liter pro Sekunde ausmacht.
Menschliche Exkremente gehören nicht ins Wasser. Dies wurde Ende
der 40er Jahre klar, als Flüsse und Seen zu degradieren begannen.
Die Logik der Flucht nach vorne, typisch für das Wirtschaftssystem
und die politischen Mächte, verhinderte, dass man die Ursachen
des Problems bekämpfte. Statt das Einleiten von Schadstoffen
ins Wasser zu verhindern, zog man es vor, immer mehr davon zu produzieren
und sich damit zu vergnügen, sie hinterher kostspielig wieder
zurück zu holen. Das führte zum Bau von gigantischen Kanal-Netzwerken
und Abwasser-Reinigungsanlagen, die toxische Klärschlämme
produzieren, von denen niemand so recht weiss, was man mit ihnen anfangen
soll. In den Abwässern fliessen nicht nur menschliche Exkremente,
sondern auch Unmengen schädlicher Substanzen, wie Detergentien,
Lösungsmittel, Schwermetalle, Hormone, Medikamente, und was man
sonst noch gern unter der Hand ins WC entsorgen mag. Dieses System
- paradoxerweise „sanitär“ genannt - hatte den Vorteil,
die Wirtschaft zu fördern und das Bruttoinlandprodukt BIP anzuheben,
das einzige Mass für unseren Wohlstand, das für die Ökonomen
und die Behörden gilt. So werden die Probleme nur unter den Teppich
gewischt. Zwar erhielten damit unsere Gewässer eine erträglichere
Qualität, doch wird so langfristig nichts gelöst. Wer will
denn glauben, wir könnten in aller Ewigkeit die Fähigkeit
haben, die heute schon gigantischen Abwasser-Reinigungsanlagen in
Betrieb zu halten? Auch diese Anlagen sind nicht einmal in der Lage,
all die Schadstoffe zu entfernen, die wir tagtäglich ins Wasser
werfen - man denke nur an Tausende von Chemikalien, die jährlich
von der Industrie entwickelt werden, deren langfristige Auswirkungen
auf die Ökosysteme weitgehend unbekannt sind.
Kompost-Toiletten
Früher oder später werden wir wohl zur direkten Kompostierung
menschlicher Exkremente übergehen müssen, das heisst, ohne
sie erst mit Wasser zu transportieren. Dafür müssen die
WC durch Kompost-Toiletten ersetzt werden, was durchaus möglich
ist, wenn man es nur will. Ich selber verwende eine solche Toilette
seit 1980. Durch die Wochenzeitschrift „Domaine public“
konnte ich Anfang der achtziger Jahre ein gewisses Interesse für
diese Frage wecken. Der Kanton Waadt und das Bundesamt für Umweltschutz
finanzierten dann ein paar Versuche in privaten Wohnungen und Häusern.
Diese punktuellen Aktionen hatten aber keine Folgen, und die Behörden
kamen rasch wieder zum alten Kanalisationssystem zurück. Sie
behaupteten sogar, die Kompost-Toiletten seien illegal - was falsch
ist - und entmutigten alle jene, die ihr Gewässerschutzbewusstsein
in die Tat umsetzen und das Trinkwasser nicht mehr mit ihren Fäkalien
beschmutzen wollten.
1988 wurde in der EPFL (der Westschweizer ETH) in Lausanne ein Seminar
zum Thema „Umgang mit Wasser und mit organischer Materie in
Siedlungen“ organisiert. Die Broschüre mit den diversen
Beiträgen des Seminars, unter anderen einer zum Thema Kompost-Toilette,
wurde in 1000 Exemplaren von der Eidgenössischen Drucksachen-
und Materialzentrale (EDMZ) gedruckt und für Fr.10.- verkauft.
Diese Auflage ist nun ausverkauft, aber die EDMZ weigert sich trotz
Nachfrage, neue Broschüren zu drucken. Gewässerschutz an
der Quelle scheint die Behörden offensichtlich nicht zu interessieren.
Kurz, es wird Vogel-Strauss-Politik betrieben mit einem Problem, das
sich mehr und mehr verschärfen wird mit dem Schwinden der Wasserreserven
und dem Wachstum der Bevölkerung – auch das übrigens
eine Entwicklung, die dringend gehemmt werden müsste, was indessen
kaum eine Regierung verlangen will. Darüber hinaus nimmt auch
die Menge an Reinigungsmitteln beständig zu, die die Wäsche
noch weisser und die Gläser noch sauberer machen. All diese unnötigen
Produkte enden als schädlicher Abfall, der die Oberflächengewässer
verschmutzt und die Klärschlämme vergiftet.
Stellen wir uns vor, uns würden täglich nur noch 20 Liter
Trinkwasser pro Person zur Verfügung stehen. Würden wir
sie dann wohl noch mit unseren Fäkalien beladen?
P.L.
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(aus dem Französischen übersetzt
von nux; eine deutsche Version ist in „natur und mensch“
Nummer 4-5/2004, 42-43 erschienen)
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