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FAIRE CACA DANS L’EAU POTABLE - Pierre LEHMANN

2004 (aktualisiert am 7. Januar 2005)

Pierre LEHMANN accuse - Pierre LEHMANN klagt an

Rédaction du COURRIER, Rue de la Truite, Case postale, 1211 Genève 8
COURRIER DU LECTEUR [non publiée]

Faire caca dans l'eau potable  -  ins Trinkwasser scheissen


La sécheresse qui sévit depuis bientôt trois mois nous fait peut-être réaliser un peu mieux à quel point nous sommes dépendants de l’eau. Coincidence ou non, 2003 a été décrétée année mondiale de l’eau et l’on voit se multiplier les articles de presse et les émissions sur les problèmes que pose un approvisionnement suffisant en eau potable un peu partout dans le monde. Mais curieusement ni la presse, ni la radio, ni la télévision, ni les services des eaux, ni même des associations de protection de la nature comme en particulier l’Association pour la Sauvegarde du Léman (ASL), ne se risquent à remettre en question la pratique généralisée, mais néanmoins idiote, qui consiste à faire caca dans l’eau potable. Cette pratique exige environ 60 litres d’eau par personne et par jour ce qui pour la Suisse avec ses 7,2 millions d’habitants représente une rivière d’un débit de 5’000 litres par seconde.

Les déjections humaines n’ont rien à faire dans l’eau. On s’en est bien apercu à la fin des années 40 lorsque les rivières et les lacs ont commencé à se dégrader. Mais la logique de fuite en avant qui caractérise le système économique et le pouvoir politique a empêché que l’on s’attaque aux causes du problème. Plutôt que d’éviter de jeter des substances polluantes dans l’eau, on a préféré en jeter toujours davantage pour se donner le plaisir de les en retirer ensuite à grands frais. Cela a mené à la construction de gigantesques réseaux d’égouts aboutissant à des stations d’épuration qui produisent des boues toxiques don’t personne ne sait au monde quoi faire. C’est que dans les égouts circulent, en plus des déjections humaines, des substances néfastes comme des détergents, des solvents, des métaux lourds, des hormones, des médicaments et un peu tout ce don’t on veut se débarasser ni vu, ni connu, en le jetant dans les WC. Ce système, paradoxalement appelé sanitaire avait l’avantage de contribuer à l’activité économique et de faire augmenter le produit national brut (PNB), seule mesure de notre prospérité qui soit reconnue par les économistes et les autorités. Mais il ne fait que balayer la poussière sous le tapis. Il a certes donné à nos rivières et nos lacs un aspect plus presentable, mais il ne résoud rien à plus long terme. Qui est-ce qui peut croire que nous disposerons pour toute l’éternité des moyens d’entretenir et de faire fonctionner le gigantesque système d’épuration qui a maintenant été mis en place? Sans parler du fait qu’il est bien incapable de retirer de l’eau tout ce que nous y jetons, et en particulier les milliers de produits chimiques qu l’industrie invente chaque année sans que l’on sache quels en sont les effets long terme sur les écosystèmes.

Tôt ou tard il va falloir passer au compostage direct des déjections humaines, sans le faire transiter d’abord dans l’eau. Cela exige de remplacer les WC par des toilettes à compostage. C’est tout-à-fait possible, à condition de le vouloir. J’utilise un tel toilette chez moi depuis 1980. Avec l’aide de l’hebdomadaire “Domaine Public”, j’avais pu, au début des années 80, susciter un certain intérêt pour cette question. Le Canton de Vaud et l’Office fédéral de la protection de l’environnement avaient alors financé quelques modestes essays dans des appartements et des villas privées. Mais cela n’a eu aucune suite et les autorités sont empressées de revenir au tout-à-l’égout. Elles vont même jusqu’à prétendre que les toilettes de compostage sont interdit par la loi - ce qui est faux - et à décourager les personnes qui voudraient concrétiser leur responsabilité vis-à-vis de la protection des eaux en renonçant faire caca dans l’eau potable et en installant un tel système chez elles.

En 1988 un séminaire a été organisé à l’EPFL sur le thème „Gestion de l’eau et des matières organiques dans l’habitat”. La brochure contenant les diverses contributions à ce séminaire, dont une sur les toilettes à compostage, a été imprimée en 1000 exemplaires par l’Office fédérale des imprimés et du materiel et vendue aux intéressés pour Fr.10.-. Elle est maintenant épuisée, mais l’Office ne veut pas la réimprimer, bien qu’il y ait certainement encore des demandes. La protection des eaux à la source n’intéresse manifestement pas les autorités.

Bref, on constate une politique de l’autruche générale devant un problème qui deviendra de plus en plus aigu à mesure que les sources d’eau potable se raréfient et que la population augmente, tendance qu’il y aurait aussi lieu de contrer ce que malheureusement aucune autorité ne veut dire. Par ailleurs, la quantité de détergents et autres produits de nettoyage destinés à rendre le linge plus blanc que blanc ou rendre les verres étincelant augmente elle aussi. Tous ces produits inutiles finissent comme polluants dans l’eau et contribuent à la détérioration des eaux de surface et à l’empoisonnement des boues de stations d’épuration.

Quand nous n’aurons plus droit qu’à 20 litres d’eau potable par personne et par jour, ferons-nous encore caca dedans?

Pierre Lehmann  
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( auf deutsch, von nux/KK ):


Ins Trinkwasser scheissen !

Die dreimonatige Trockenheit im Sommer 2003 lässt uns vielleicht etwas besser verstehen, wie sehr wir vom Wasser abhängen. Zufall oder nicht, 2003 war zum Jahr des Wassers erklärt worden, und so sprossen viele Zeitungsberichte und Sendungen über Probleme, die sich zur Frage stellten, wie auf der Welt die Versorgung mit Trinkwasser gesichert werden müsste. Merkwürdig war jedoch, dass weder die Presse noch Radio noch Fernsehen, noch die Wasserversorgungs-Organe oder gar der Naturschutzverband, namentlich die Association pour la Sauvegarde du Léman (ASL), wagten, die allgemeine, an sich idiotische Praxis in Frage zu stellen, die darin besteht, dass wir unsere Fäkalien ins Trinkwasser abgeben. Diese Praxis erfordert etwa 60 Liter Wasser pro Person und Tag, was für die Schweiz mit ihren 7,2 Millionen Einwohnern einen Fluss der Stärke 5000 Liter pro Sekunde ausmacht.

Menschliche Exkremente gehören nicht ins Wasser. Dies wurde Ende der 40er Jahre klar, als Flüsse und Seen zu degradieren begannen. Die Logik der Flucht nach vorne, typisch für das Wirtschaftssystem und die politischen Mächte, verhinderte, dass man die Ursachen des Problems bekämpfte. Statt das Einleiten von Schadstoffen ins Wasser zu verhindern, zog man es vor, immer mehr davon zu produzieren und sich damit zu vergnügen, sie hinterher kostspielig wieder zurück zu holen. Das führte zum Bau von gigantischen Kanal-Netzwerken und Abwasser-Reinigungsanlagen, die toxische Klärschlämme produzieren, von denen niemand so recht weiss, was man mit ihnen anfangen soll. In den Abwässern fliessen nicht nur menschliche Exkremente, sondern auch Unmengen schädlicher Substanzen, wie Detergentien, Lösungsmittel, Schwermetalle, Hormone, Medikamente, und was man sonst noch gern unter der Hand ins WC entsorgen mag. Dieses System - paradoxerweise „sanitär“ genannt - hatte den Vorteil, die Wirtschaft zu fördern und das Bruttoinlandprodukt BIP anzuheben, das einzige Mass für unseren Wohlstand, das für die Ökonomen und die Behörden gilt. So werden die Probleme nur unter den Teppich gewischt. Zwar erhielten damit unsere Gewässer eine erträglichere Qualität, doch wird so langfristig nichts gelöst. Wer will denn glauben, wir könnten in aller Ewigkeit die Fähigkeit haben, die heute schon gigantischen Abwasser-Reinigungsanlagen in Betrieb zu halten? Auch diese Anlagen sind nicht einmal in der Lage, all die Schadstoffe zu entfernen, die wir tagtäglich ins Wasser werfen - man denke nur an Tausende von Chemikalien, die jährlich von der Industrie entwickelt werden, deren langfristige Auswirkungen auf die Ökosysteme weitgehend unbekannt sind.

Kompost-Toiletten

Früher oder später werden wir wohl zur direkten Kompostierung menschlicher Exkremente übergehen müssen, das heisst, ohne sie erst mit Wasser zu transportieren. Dafür müssen die WC durch Kompost-Toiletten ersetzt werden, was durchaus möglich ist, wenn man es nur will. Ich selber verwende eine solche Toilette seit 1980. Durch die Wochenzeitschrift „Domaine public“ konnte ich Anfang der achtziger Jahre ein gewisses Interesse für diese Frage wecken. Der Kanton Waadt und das Bundesamt für Umweltschutz finanzierten dann ein paar Versuche in privaten Wohnungen und Häusern. Diese punktuellen Aktionen hatten aber keine Folgen, und die Behörden kamen rasch wieder zum alten Kanalisationssystem zurück. Sie behaupteten sogar, die Kompost-Toiletten seien illegal - was falsch ist - und entmutigten alle jene, die ihr Gewässerschutzbewusstsein in die Tat umsetzen und das Trinkwasser nicht mehr mit ihren Fäkalien beschmutzen wollten.

1988 wurde in der EPFL (der Westschweizer ETH) in Lausanne ein Seminar zum Thema „Umgang mit Wasser und mit organischer Materie in Siedlungen“ organisiert. Die Broschüre mit den diversen Beiträgen des Seminars, unter anderen einer zum Thema Kompost-Toilette, wurde in 1000 Exemplaren von der Eidgenössischen Drucksachen- und Materialzentrale (EDMZ) gedruckt und für Fr.10.- verkauft. Diese Auflage ist nun ausverkauft, aber die EDMZ weigert sich trotz Nachfrage, neue Broschüren zu drucken. Gewässerschutz an der Quelle scheint die Behörden offensichtlich nicht zu interessieren.

Kurz, es wird Vogel-Strauss-Politik betrieben mit einem Problem, das sich mehr und mehr verschärfen wird mit dem Schwinden der Wasserreserven und dem Wachstum der Bevölkerung – auch das übrigens eine Entwicklung, die dringend gehemmt werden müsste, was indessen kaum eine Regierung verlangen will. Darüber hinaus nimmt auch die Menge an Reinigungsmitteln beständig zu, die die Wäsche noch weisser und die Gläser noch sauberer machen. All diese unnötigen Produkte enden als schädlicher Abfall, der die Oberflächengewässer verschmutzt und die Klärschlämme vergiftet.

Stellen wir uns vor, uns würden täglich nur noch 20 Liter Trinkwasser pro Person zur Verfügung stehen. Würden wir sie dann wohl noch mit unseren Fäkalien beladen?

P.L.

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(aus dem Französischen übersetzt von nux; eine deutsche Version ist in „natur und mensch“  Nummer 4-5/2004, 42-43 erschienen)